L'Atelier
" Un artiste d'aujourd'hui n'est pas très différent, dans son rapport au monde, de ce qu'est un artiste depuis toujours : c'est-à-dire un être humain qui s'inscrit dans le symbolique pour s'exprimer parce qu'il ne peut pas faire autrement. L'artiste sent très tôt qu'il va devoir créer quelque chose pour survivre au contexte où il est comme " handicapé ". Ce sont le plus souvent des difficultés de départ qui vont l'obliger à se frayer un chemin pour se libérer. En fait, on ne choisit pas d'être artiste : c'est une necessité. Simplement, de nos jours où tout va très vite, la société de consommation a besoin d'individus qui suivent son rythme. L'artiste travaille dans un temps différent, il doit se retrancher pour être au coeur des choses tout en ayant conscience de ce qui l'entoure : il vit pour son oeuvre, et en même temps le recul qu'il a lui permet de relativiser et de voir avec un regard neuf. "
" Dans la mesure où la société a besoin d'art, il faudrait qu'il y ait un effort de toutes parts ( état, institutions publiques, mécénat, galeries, collectionneurs ) pour que moins d'artistes vivent à la limite de la précarité en aidant les artistes qui débutent ou exposent peu car, lorsqu'un artiste ne vend pas, il ne peut pas se mettre au chômage comme un acteur ou un danseur après un spectacle, et pourtant il doit continuer à travailler quotidiennement. "
" Bien sûr que l'art continue, et l'histoire avec. Mais il est de plus en plus difficile, pour le public de faire la différence entre ce qui est de l'art et le reste, et pas seulement le public, certains commissaires d'exposition, y compris dans de prestigieuses institutions, créent une juxtaposition trompeuse entre des oeuvres d'art et des objets fonctionnels relevant du design, des maquettes d'architectes, des dessins de mode, etc..., qui ne facilite pas le regard que l'on porte sur l'art contemporain, et le plus souvent le discrédite : on ne peut pas mettre sur le même plan une robe, une voiture, un tabouret, et une peinture, une vidéo, une installation. Dans certaines sociétés dites " premières ", une sculpture peut équivaloir à une parure ou un tissage parce que ces objets ont une charge symbolique ; en l'absence de cette charge, l'objet reste un objet usuel, aussi inventif ou beau soit-il ... Je crois qu' il faudrait revenir à une réelle compétence des organisateurs d'expositions- qu'ils soient choisis selon la qualité de leur regard, leur passion et leur connaissance historique plutôt que pour leur plan de carrière ( et surtout que le star system, la spéculation ou la mode soient moins au coeur de leurs préocupations ) ".
" Les gens perçoivent de plus en plus que l'art est précieux pour vivre. Dans les moments difficiles, un roman, une exposition, un film, un morceau de musique nous donnent ce que rien d'autre ne peut donner : le sentiment d'une "durée" qui nous dépasse et nous recentre. L'être humain a besoin de cela ".
Texte ( extraits du débat : "L'Etat et l'art contemporain en France", en collaboration avec la revue, Art absolument) de Najia Mehadji , artiste peintre , née en 1950. Elle vit entre Paris et Essaouira ( Maroc ).
Pour en savoir plus sur cette artiste : Le site de Najia Mehadji :
Pour en savoir plus sur le débat : Débat entre artistes et professionnels de l'art



















Commentaires